Le mentorat croisé entre services a débloqué nos transmissions de savoir

Collaboration interservices illustrant le mentorat croisé débloquant la transmission de savoir en entreprise

Dans la salle vitrée d’Astera Conseil, dans nos bureaux de Nantes, mon clavier claquait pendant que la visioconférence grésillait. J’avais lancé un mentorat croisé en binômes, avec un créneau fixe chaque semaine pendant 6 semaines. Je voulais voir si les questions de passation tombaient, parce que les services A et B ne parlaient déjà plus la même langue. Je suis rentré chez moi ce soir-là avec cette phrase en tête, et j’ai noté l’écart avant le dîner avec ma femme et mes deux enfants.

Comment j’ai organisé ce mentorat croisé dans des conditions réelles de travail

Je suis parti d’équipes d’une vingtaine de personnes, dans un cabinet de conseil en organisation comme Astera Conseil, avec quatre binômes croisés. Commercial et support, puis RH et paie, se sont parlé en visioconférence 60 minutes chaque semaine pendant 6 semaines. J’ai noté chaque échange dans une trame courte, parce que je voulais garder le fil sans noyer les séances. Je visais trois choses : les questions de passation, les conflits de process et les zones où le savoir restait dans les têtes.

J’ai vite vu les limites du créneau fixe. Les agendas étaient serrés, et je devais garder le travail courant en parallèle, pendant que le mentor continuait à traiter ses dossiers. Je me suis retrouvé à couper une séance pour une alerte urgente, puis à reprendre dix minutes après, sans perdre la trace. Ce rythme m’a montré que le mentorat croisé tient seulement si la charge reste visible dès le départ.

Pour ne pas laisser les échanges flotter, j’ai utilisé un dossier partagé dans le cloud sur Teams, avec des fichiers nommés ‘version finale 3’, un tableau Excel de passation et une note de synthèse dans Notion. Je n’ai gardé qu’un seul onglet de travail au quotidien, puis j’ai collé des post-it virtuels sur les points qui revenaient. J’ai appris que la trace écrite vaut moins qu’un détail juste, mais qu’elle sauve le lendemain.

Je voulais mesurer la chute des questions répétitives, la sortie des conflits de process, la capture des savoirs tacites et la fluidité des relais. J’ai compté les relances mails, les aller-retours téléphoniques et les dossiers où chacun cherchait le bon interlocuteur. Je surveillais aussi les signaux minuscules, comme une case vide dans le tableau ou un commentaire laissé dans un message d’équipe. Quand je voyais ça, je savais que le blocage ne venait pas d’un manque de bonne volonté.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas comme prévu

Ce jour-là, j’ai vu en direct que le service A vendait un délai que le service B savait d’emblée impossible à tenir, mais personne ne le disait à voix haute. Le commercial avait promis un retour le lendemain, et le support m’a répondu, visage fermé, qu’il lui fallait d’abord une validation interne. Je me suis senti glisser d’un simple échange à un vrai conflit de process. Le dossier est resté bloqué quand le seul interlocuteur compétent était absent, et j’ai compris que le test entrait dans le dur.

Quand j’ai entendu qu’un simple onglet de fichier, ignoré par le service A, faisait perdre au service B près de 20 minutes par dossier, j’ai mesuré l’ampleur du blocage invisible. Les deux services parlaient du même dossier avec des mots différents, et je devais traduire sans cesse entre ‘validation’, ‘contrôle’ et ‘mise en file’. Cette confusion a creusé le malentendu, parce que chacun croyait utiliser le bon vocabulaire. J’ai fini par noter que le problème n’était pas la compétence, mais le passage de relais.

J’ai aussi senti la frustration du mentor surchargé. Pendant qu’il expliquait les cas tordus, sa boîte mail continuait de clignoter, et je voyais bien qu’il répondait en même temps. J’ai été convaincu, un peu tard je l’avoue, qu’on lui demandait deux métiers dans la même heure. Au bout de la deuxième séance, j’ai trouvé cela franchement agaçant de perdre du temps sur des exceptions que personne n’avait écrites.

Le plus gênant, c’était l’oral seul. Les réponses tenaient dans des phrases du type ‘demande à X, il sait’, et je voyais le savoir repartir avec lui dès qu’il quittait son poste. Sans fiche de passation, le groupe retombait dans les anciennes habitudes au moindre creux d’agenda. J’ai compris là que le mentorat croisé sans trace écrite reste une conversation sympathique, pas un outil de travail.

J’ai aussi repéré des étapes cachées dans deux endroits très banals. Une demande partait dans une boîte mail où la même formulation revenait dix fois, tandis qu’un tableau de suivi semblait à jour mais bloquait sur une colonne non remplie. Un post-it virtuel montrait qu’une étape devait passer avant midi, mais seuls deux noms la connaissaient. Quand j’ai vu ce jeu de cache-cache, je me suis dit que la passation n’avait jamais été formalisée pour de vrai.

Trois semaines plus tard, ce que j’ai vraiment mesuré

Trois semaines plus tard, j’ai vu le ton changer. Les questions redondantes tombaient plus vite, parce que chacun avait entendu l’autre expliquer ses contraintes en direct. J’avais ajouté un rituel de 15 minutes de débrief après chaque séance, puis j’ai fait réécrire la fiche simple tout de suite. Là, j’ai été frappé par un détail bête : les gens lisaient enfin un document court, parce qu’ils l’avaient vu naître sous leurs yeux.

J’ai compté un tiers environ de relances mails en moins entre les services sur les dossiers suivis de près. Dans un cas, l’onboarding interne est passé de 4 jours à 2 jours, parce que les réponses n’étaient plus dispersées dans les têtes. Je n’ai pas pris ce résultat pour une loi générale, mais je l’ai vu tenir sur mes notes. Sur ce terrain-là, la différence se voyait déjà dans les délais de réponse et dans le nombre de rappels.

Le plus surprenant, pour moi, a été la valeur de gestes minuscules. Renommer un fichier au bon moment m’a fait gagner 15 minutes, et ordonner une demande dans le bon circuit m’en a rendu 20 sur un autre dossier. Je ne pensais pas qu’un nom de fichier pouvait peser aussi lourd, jusqu’à voir la boîte mail s’alléger derrière. Le dossier partagé avec ses ‘version finale 3’ m’a servi de rappel permanent : le quotidien se joue dans les détails les plus banals.

J’ai aussi eu un vrai faux pas. Un binôme a voulu couvrir trop de sujets en une séance, et j’ai vu les regards se disperser au bout de 25 minutes. Le lendemain, les zones floues restaient là, et personne ne savait vraiment quel point traiter en premier. J’ai retenu qu’un échange trop large donne une impression de richesse, puis laisse surtout de la confusion.

Mon verdict sur ce que ça change vraiment et à qui ça sert

Mon verdict est simple : le cadre hebdomadaire fixe a compté plus que le reste. Quand j’ai limité chaque séance à 1 ou 2 sujets, j’ai vu les échanges gagner en netteté et la fiche simple devenir utile dès le lendemain. La formalisation immédiate du savoir tacite a pesé autant que le mentorat lui-même. Je suis devenu plus exigeant sur ce point, parce que sans trace courte, tout retombe vite.

J’ai aussi vu les limites sans détour. Le mentor surcharge vite, surtout quand il doit faire son travail habituel et expliquer les exceptions en plus. Le dispositif dépend aussi d’une personne clé, et si elle s’absente, le circuit se fige. Sans suivi des managers, j’ai observé un retour discret aux anciennes habitudes en quelques jours.

À la maison, avec mes deux enfants, j’ai revu le même réflexe de relais quand chacun pensait que l’autre avait déjà pris la consigne. Sur une petite équipe avec peu de rotation, ce mentorat croisé a du sens si les services sont liés et prêts à écrire leurs routines. Si ce n’est pas possible, j’ai trouvé le shadowing ponctuel et les formations croisées plus simples à tenir. Chez Astera Conseil, mon verdict final reste nuancé : pour quelqu’un qui accepte 1 heure par semaine et une fiche très courte, ça vaut l’effort; pour un service qui compte sur l’oral seul, le système ne tient pas.

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